UCL - Université Catholique de Louvain
Variation linguistique et signification sociale chez les jeunes Bruxelloises issus de l’immigration maghrébine. Analyse socio-phonétique de trois variantes non standard.
Abstract
dc:descriptionLa présente recherche doctorale a pour objet trois variantes phonétiques non standard, réputées spécifiques aux jeunes issus de l’immigration maghrébine, ainsi que les significations méso-sociales attachées à ces dernières. Le niveau méso-social est défini ici comme celui des profils ou personnages sociaux (Coupland 2001). Mon hypothèse est que des locutrices macro-socialement homogènes utilisent de façon contrastée des variantes non standard en fonction de leur adhésion à des profils méso-sociaux contrastés. Cette problématique est abordée à travers l’analyse de données authentiques, collectées durant une enquête de terrain d’un an au sein de deux écoles bruxelloises. Ces écoles accueillaient une population essentiellement féminine et issue de l’immigration. Dans chacune d’elles, un groupe de pairs constituant une communauté de pratiques (Eckert 2000, 2005) a été sélectionné. L’objectif de ce mode ethnographique de recueil des données est double : (i) il devait tout d’abord permettre de déterminer quels sont les profils de locutrices spécifiques aux groupes de pairs investigués ; (ii) deuxièmement, une enquête menée sur le long terme permettait également de recueillir de la parole la plus proche possible du vernaculaire des informatrices. Les trois variantes phonétiques non standard sont les suivantes : (i) les voyelles amuïes : il s’agit de voyelles fortement réduites, voire qui disparaissent complètement du signal sonore, et cela dans des positions tout à fait atypiques en français standard ; (ii) les /A/ postériorisés : ces réalisations du /A/ se caractérisent par le recul de leur point d’articulation, qui a pour conséquence de rapprocher leur timbre de celui du /ɔ/ ; (iii) les variantes marquées de /r/ : cette dénomination, volontairement large, englobe des réalisations vibrantes fricatives ainsi que des réalisations fricatives accompagnées d’une grande quantité de bruit. Analyser la signification méso-sociale de variantes non standard requiert le recours à une double méthodologie, à la fois qualitative et quantitative. Le volet qualitatif concerne l’analyse des données ethnographiques (à savoir des entretiens ainsi que des notes de terrain prises au vol). Cette analyse a débouché sur la découverte de trois profils de locutrices contrastés, respectivement dénommés la déconneuse, la provocatrice et la fille pudique. Dans un deuxième temps, l’existence d’un lien entre les différents profils de locutrices et l’usage de chacun des variantes marquées a été investigué grâce des tests statistiques d’indépendance (tests du chi carré). Ces tests ont mis en évidence que les voyelles amuïes ainsi que les variantes marquées de /r/ sont utilisées de façon privilégiée par les déconneuses et les provocatrices, soit deux profils de locutrices qui prennent une distance plus ou moins importante à l’égard des valeurs marocaines et maghrébines traditionnelles. En revanche, les /A/ postériorisés semblent posséder un double visage, dans la mesure où ils sont reliés avec deux profils de locutrices très différents, à savoir les provocatrices et les filles pudiques. Cette variante est également souvent citée comme caractéristique du langage des classes populaires (Jamin 2005). Il semble donc que le /A/ postériorisé possède de multiples significations, dont le point commun serait la péjoration. Si l’on en revient à l’hypothèse de départ, l’usage des variantes marquées apparaît donc effectivement comme lié à l’appartenance des locutrices à des profils contrastés. Cependant, ces profils ne sont pas le seul facteur à entrer en ligne de compte : les résultats des tests montrent que, conjointement au profil, l’établissement scolaire fréquenté par une locutrice exerce également une influence sur l’usage des variantes marquées. Cette importance de l’école a d’ailleurs été soulignée par diverses recherches en sociologie de l’éducation et porte le nom d’effet-établissement (Dumay & Dupriez 2005, 2008).
Degree
thesis:*- Grantor dc:publisher
- UCL - Université Catholique de Louvain
- Year dc:date
- 2009
Author and committee
dc:creator, dc:contributor.*- Author dc:creator
-
- Audrit, Stéphanie
- Contributors dc:contributor
-
- Simon, Anne Catherine
- Francard, Michel
- Centre de recherche VALIBEL
Subjects
dc:subject × 7Rights
dc:rights- Statement dc:rights
-
- open access
- info:eu-repo/semantics/openAccess
- Language dc:language
- fr
Identifiers
dc:identifier.*- Identifier
- info:hdl:2268/138293
- OAI identifier oai:identifier
- oai:orbi.ulg.ac.be:2268/138293